30 décembre 2017

Sur la route, face à nous un chien trottine tout doucement, à bout de force, comme un marathonien. Il est squelettique, on se demande comment il tient debout, on dirait qu’il titube. Il est au beau milieu de la voie rapide dans une ligne droite. Corinne est au volant, nous avons déjà un chien dans la voiture, Dica, que nous amenons dans sa famille d’accueil, mais c’est une autre histoire. La voiture est pleine de tout ce qu’il faut pour installer un chien, panier, croquettes, jouets, friandises, etc… A mes pieds j’ai une boite pleine de Knacki, le truc magique, bien odorant, la récompense suprême pour un chien. Corinne s’arrête sur le bas côté, je traverse la route, une dame tente depuis un moment de l’attraper sans succès, elle le suit en conduisant, l’empathie serait-elle féminine ?Je monte dans sa voiture qui roule en sens inverse en lui demandant de me déposer un peu plus loin, après le chien qui continue à avancer, toujours au beau milieu de la route, les voitures même pas peur ! Je descends doucement de sa voiture, je m’accroupis et là sur le bas côté, je commence à jeter des morceaux de Knacki en direction du chien, cette odeur l’interpelle, il a faim, très faim, petit à petit je les jette de moins en moins loin, il se rapproche, je ne tente rien parce que je sais que si je fais un geste il va partir. Quand on a un peu l’habitude on ne sait jamais si on va arriver à attraper un chien errant, en revanche on sait tout de suite quand on ne va pas y arriver !Corinne fait demi-tour, j’éventre un sac de croquettes dans la voiture, celles de Dica, et je fais un tas, là, à même le goudron. Un petit chemin de Knacki y mène, je m’éloigne, alors il a moins peur et s’avance pour les manger goulûment. C’était ça ou rien, si j’avais tenté quelque chose il serait parti sans manger, alors je ne l’ai pas attrapé mais au moins il aura ça dans le ventre…

On repart, on fait à nouveau demi tour pour se remettre dans le sens de la marche, au passage je prends une photo du chien qui mange, pour publier sur les réseaux même si je me doute bien qu’un tel chien n’est pas perdu, enfin on peut toujours rêver.Oui parce qu’il faut dire les choses, quand c’est un Cocker, ou un shih tzu ou encore un beau chien, on peut s’imaginer qu’il est perdu… quand c’est un chien de chasse et qu’il est aussi maigre c’est rarement le cas. Donc on repart vers notre destination, nous sommes aux confins du département ! On installe notre poilu dans sa famille d’accueil, et deux bonnes heures plus tard on reprend la route.

Sans se le dire, Corinne regarde le bas-côté, moi aussi, non il ne s’est pas fait écrasé et de toute façon il doit être loin…. Tu parles, là en plein virage, de dos, dans la voie de gauche le voilà notre chien tout dégingandé !Les voitures vont très vite les gens conduisent comme des malades alors que ce chien est au beau milieu de la route, il ne marche pas droit…On s’arrête, le chien lui continue sa route sur l’autre voie, Corinne me dit de faire attention, une moto passe comme une bombe, le type est fou ! Puis une voiture qui percute le chien de plein fouet, ça fait un bruit d’enfer, Corinne a vu toute la scène, la voiture a trainé le chien sur plusieurs mètres et le type ne s’est même pas arrêté !?? Je fais le tour de notre voiture et face à moi je vois arriver le chien, groggy, il est hagard. Je m’avance vers lui toujours au milieu de la route, j’ai de la chance et je suis inconsciente, il se dirige enfin vers le fossé et tombe. Je le suis c’est profond, il se retourne au moment où je vais le toucher il est terrorisé, il ouvre sa gueule on dirait le lion de la Metro Goldwyn Mayer ! Ses dents sont menaçantes et il crie, il n’aboie pas il crie, c’est affreux ce cri de terreur.Ok pas question pour moi de le laisser s’échapper, il tente une fuite vers la forêt mais la pente est trop raide il retombe, je lui saisis une patte, il se retourne, de l’autre main j’enlève ma ceinture, on dirait un film. Je fais une longe étrangleur et je tente de lui passer autour de la tête, il mord ma ceinture à pleines dents et serre…finalement au moment où il se reprend j’arrive à faire descendre la ceinture qui maintenant le tient au cou, je ne le lâcherai plus quoiqu’il arrive !Corinne qui a observé la scène impuissante depuis la voilure, fait demi-tour, se gare au dessus du fossé. Je lui demande de prendre le polaire, mais c’est encore mieux, elle a une couverture. Je la pose sur le chien qui est immobilisé, on glisse l’autre moitié dessous et zou à trois on l’embarque, l’énergie du désespoir nous fait remonter le fossé sans glisser. Il vomit, défèque, a un peu de sang dans la bouche, ça part pas bien. On appelle la clinique la plus proche, enfin trente kilomètres tout de même, et on fonce avec notre colis.

Branle-bas de combat, merci aux assistantes vétérinaires et à la vétérinaire, le chien est muselé par sécurité, puis vu la douleur un petit coup de morphine pour faire les premières radios qui montrent deux belles fractures sur le fémur… Bien sûr il n’est pas identifié mais je ne sais même pas pourquoi je le précise parce que le jour où les chiens courants seront tous identifiés, les poules auront des dents !

Dans son malheur notre Accident Voie Publique a de la chance, nous travaillons avec un vétérinaire spécialisé en orthopédie. Oui parce que ce n’est pas pour dire mais quand un chien non identifié est accidenté dans la pampa, loin d’une commune desservie par la fourrière, et en plus après 17H00, qui c’est qui prend les frais en charge ? Concrètement on fait quoi ? On le laisse là comme ça ? On ne s’est pas posé la question parce que de toute façon il n’y avait pas de réponse, on est reparties direction le vétérinaire spécialisé, sur place le chien a été endormi pour plus d’examens qui ont précisé le diagnostic avec en plus un oedème pulmonaire….

On a installé notre poilu toujours endormi jusque dans son box, une perfusion pour la nuit et ce matin, bien qu’il y ait un planning chargé, l’équipe a pu l’opérer, et voilà maintenant c’est Robocop avec une plaque et une tige en métal !

2 Janvier 2018

Notre poilu a été opéré vendredi matin et tout s'est bien passé. Maintenant c'est vraiment Robocop avec sa plaque en inox, une broche et des vis. Rien que ça ! Il faudra le réopérer pour enlever la broche dans six semaines et si la plaque est bien tolérée elle restera.
Voilà un chien qui ne pourra plus passer les portiques d'aéroport sans se faire remarquer !! Nous l'avons récupéré samedi après midi et confortablement installé dans une couette, une vraie (merci Aurélie), avec des polaires : rien de tel pour une chaleur constante, d'ailleurs il faut les lui changer régulièrement car Robocop transpire tellement il est "cougné"! Le voir dormir confiant, apaisé, c'est du bonheur, dire qu'il y a encore quelques jours il errait seul sans rien dans le ventre. Alors justement comme les médicaments avec un estomac vide depuis longtemps ne font pas bon ménage, sur les conseils du vétérinaire nous allons passer aux injections, ce sera plus compliqué pour nous mais plus facile pour lui.
Demain Mercredi contrôle du pansement, nous sommes confiantes : il pose déjà sa patte ! Merveille de la chirurgie....Un grand merci à tous ceux qui partagent et suivent l'histoire de ce chien qui n'en a pas.
C'est fantastique cet élan de solidarité, si seulement quand il était dehors il avait pu se douter qu'il y avait autant de gens sympas... Hé oui les humains peuvent être formidables et vous êtes formidables ! Nous avons déjà atteint le montant de la cagnotte pour financer son opération, merci, merci pour lui et pour tous ceux qui comme lui sont livrés à eux même, cela donne de l'espoir. Comme vous l’aurez compris, il est avec nous pour un moment, le temps ensuite de la deuxième opération et de sa rééducation...

7 Janvier 2018 des nouvelles de « Robocop »

Robocop s’appellera désormais SIRIUS
Nous lui cherchions un joli nom et c’est finalement l'un des donateurs avec qui nous discutions en MP qui a suggéré :
« … pour le grand blessé je pensais à Sirius. C’est l’étoile le plus brillante après le soleil. Ça lui irait bien, mais je ne me vexerai pas si vous ne retenez pas ma proposition...» Sirius nous a plu parce que c'est vrai que ce chien a une bonne étoile.
Pour Sirius donc, nous avons fait cette semaine de nombreux va-et-vient chez le vétérinaire.
En effet, il y a quelques jours, nous étions très soucieuses pour sa santé car il avait la diarrhée et vomissait.
Sans plus attendre nous l’avons ramené chez le vétérinaire qui a diagnostiqué une mauvaise alliance entre les comprimés d’anti-inflammatoire/anti-douleur et un ventre vide. Il faut désormais lui administrer ces mêmes produits sous la forme d'une injection par jour. Effectivement les troubles ont cessé.
Puis nous sommes retournés chez le vétérinaire pour refaire le pansement, la plaie est « jolie », pas de problème. Sirius repart avec un bandage tout neuf. Mais très vite nous remarquons qu’il ne s’alimente plus, ne boit plus, ne sort plus de son dodo, Il est apathique.
De plus, à force de rester immobilisé, sa patte est enflée, il fait un œdème, vite découper le bandage en deux endroits sur les conseils de Claudie, l'ASV jointe bien tard dans la nuit (merci!!!!) en espérant que tout aille bien...
Dès le matin, direction la clinique vétérinaire à nouveau, la voiture qui connait bien le trajet y va toute seule. Sirius est mis sous perfusion pour le nourrir, l’hydrater et réduire la douleur. Il reste à la clinique tranquillement installé dans son dodo, en chenil, avec sa couette et ses polaires !
Ce traitement de cheval (de chien ?) le remet sur pied. Nous le récupérons deux jours plus tard, mais il faut absolument le faire marcher trois fois par jour pendant 10 minutes. Un travail presque à plein temps rien que pour lui ! Pour l’instant, il ne pose la patte par terre qu’un pas sur dix… Mais ça viendra. Pendant sa rééducation il va volontiers vers les autres chiens pour leur dire bonjour, il commence à se détendre un peu. Au bout d’un moment, fatigué, il retourne de lui-même sur sa couette où il se love avec délectation.
Voilà, les choses suivent maintenant leur cours de manière positive. Le pansement est enlevé, il ne touche pas à ses points, pourvu que ça dure!!! A suivre !

2 Février 2018

Nous sommes infiniment tristes de vous annoncer que Sirius est mort cette semaine à la clinique où il était hospitalisé. Le pansement avait été enlevé et la cicatrice était jolie. Seulement notre protégé ne mangeait pas beaucoup alors il est resté 48 heures à la clinique sous perfusion, bien installé dans son dodo à lui. Les anti-inflammatoires étant un peu forts pour son organisme, on est passé aux injections plus faciles à assimiler pour son corps, plus difficiles à faire pour nous.
Revenu dans sa famille d'accueil, un matin Sirius s'est mis à gémir, sa patte était énorme et des gouttes de sang s'écoulaient. On a foncé chez le véto qui a parlé d'hématome, ponctionné les caillots et le sang, beaucoup de sang, ce fut douloureux pour Sirius. On est reparties le soir même avec notre Sirius. Parce que nous avons pensé qu'en étant avec les autres chiens, même sous surveillance, il avait pu prendre un coup, nous avons décidé de lui chercher une FA sans chien.
C'est Laure qui a accepté de prendre Sirius en charge avec son chat. On ignorait le comportement de Sirius avec les chats et contre toute attente c'est lui qui a eu peur de ce gros matou mal léché. Chez Laure, bienveillante, douce et calme, Sirius a été câliné, pouponné et même massé...il était confortablement installé dans un grand panier avec une couette. S'aventurait de temps en temps dans le jardin qui lui était exclusivement réservé. Quelques jours plus tard à nouveau cette fichue patte s'est mise à gonfler, Sirius avait très mal. Nous sommes reparties chez le véto qui a endormi Sirius et ponctionné le sang. On ne comprenait pas, cette fois pas de choc possible, au pire une chute depuis le canapé ?

De retour chez Laure nous avons installé un parc dans la maison pour que lors de ses absences Sirius ne puisse ni sauter, ni se cogner... Dans la semaine le pansement a été changé, tout semblait bien aller. Et puis parce qu'il avait un petit moral, nous sommes allées le voir avec son pote Roch, histoire de faire une petite balade. Sirius a reniflé, tiré en laisse, il était tout content.
Lundi matin Sirius n'était vraiment pas bien, sa foutue patte à nouveau énorme alors rebelote chez le véto qui a dit cette fois ci qu'il le garderait toute la semaine. On est passées le voir, il était sous perfusion, tout faible. Sa cicatrice n'en finissait plus de saigner, il avait un drain. Le véto a annoncé qu'il faudrait peut-être envisager le pire car les examens n'étaient pas bons... On est passées le voir, on lui a enlevé la collerette, fait un gros câlin, il a remué la queue...On a insisté auprès du véto pour le récupérer pour la nuit, même avec le sang qui coulait, même s’il fallait revenir le lendemain pour nettoyer etc... Le temps de tout préparer pour son arrivée, de retour une heure plus tard chez le véto Sirius était mort. Il avait fait des convulsions.

Quand vous arrivez et que l'on vous annonce ça, c'est comme un grand coup dans l'estomac. Des examens complémentaires ont démontré que Sirius avait une Leucémie...
Sirius sera incinéré en individuel et ses cendres seront récupérées par sa FA. On n’imaginait pas le laisser partir en collectif... Même si une fois qu'on est mort cela n'a plus d'importance, pour nous c'était important de le "récupérer".

Un grand merci à tous ceux qui nous ont aidés et soutenus pour le sauvetage de Sirius. On sait bien qu'avec sa patte brisée Sirius serait mort seul dans de grandes souffrances au fond d'un fossé le long de cette route, mais quand même... C'est une fin injuste et nous avons beaucoup de peine. Corinne la conductrice qui a participé au sauvetage de Sirius nous a dit quelque chose de très joli, elle a dit que Sirius avait attendu de nous revoir pour ne plus lutter, et se laisser partir. On va rester sur cette idée : c'est notre voix, nos caresses et notre odeur qui l'ont accompagné.